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Le cofondateur de Microsoft s’en prend à Bill Gates

Dans un livre à paraître aux États-Unis, Paul Allen évoque la face cachée de son partenaire, qu’il accuse d’avoir cherché à diluer il y a près de trente ans sa participation dans Microsoft.

Paul Allen n’est pas à plaindre.
Classé parmi les hommes les plus riches du monde, avec une fortune estimée à 13 milliards de dollars, le cofondateur de Microsoft passe le plus clair de son temps à veiller sur ses clubs de football américain et de basketball, à jouer dans son groupe de rock (il a dépensé 750.000 dollars pour récupérer la guitare sur laquelle Jimmy Hendrix a joué à Woodstock), à étoffer sa collection d’avions de chasse et à gérer ses dizaines d’investissements dans des sociétés de nouvelles technologies. Pourtant, Paul Allen est amer. Il n’a pas digéré les conditions de son départ de Microsoft, au milieu des années 1980.

Dans un livre à paraître jeudi aux États-Unis, «Idea Man» («Homme d’idées»), Paul Allen fait le récit des années qui ont vu la naissance du géant américain des logiciels. Il s’y décrit comme l’inventeur de l’entreprise, celui qui a eu le premier l’idée d’écrire des programmes pour les ordinateurs personnels en découvrant une couverture du magazine Time de 1974, consacrée à l’Altair 8800, un des premiers micro-ordinateurs. Son partenaire Bill Gates, négociateur hors-pair caché derrière un visage d’adolescent, était le génie commercial de Microsoft, celui qui percevait que les logiciels devaient bientôt être vendus en magasins, comme les disques.

«Ils complotaient pour m’arnaquer»
Très tôt, le rapport entre les deux partenaires a pourtant été déséquilibré. Jugeant avoir accompli une plus grande partie du travail de programmation chez Microsoft, Bill Gates a commencé par s’octroyer 64% des parts de l’entreprise. Puis, en décembre 1982, Paul Allen raconte l’avoir surpris complotant avec un camarade de Harvard Steve Ballmer, aujourd’hui directeur général de Microsoft, pour «chercher la façon dont ils pourraient diluer [ses] parts» dans l’entreprise. Très affecté, Paul Allen décide peu après de quitter l’entreprise. Mais il conserve ses actions et demeure au conseil d’administration. Le succès de Microsoft, introduit en Bourse en 1986, fera sa fortune.

Cette discussion entre Gates et Ballmer a été vécue comme une trahison par Paul Allen, qui se battait à l’époque contre la maladie de Hodgkin, une forme de cancer. «J’avais aidé à fonder la société et restais un membre actif de la direction, même si j’étais limité par ma maladie, et mes collègues complotaient pour m’arnaquer», écrit-t-il dans son livre. «Ce n’est pas une revanche, je devais raconter cette part importante de l’histoire des nouvelles technologies», a-t-il expliqué dimanche soir, très ému, dans un entretien accordé à l’émission de télévision 60 Minutes.

«Un lien entre nous deux»
Cette version ne fait pourtant pas l’unanimité. Proche de Microsoft à l’époque, l’analyste Rob Enderle a accusé Paul Allen de réécrire l’histoire. La discussion entre Gates et Ballmer visait à garder le contrôle de l’entreprise s’il venait à décéder, a-t-il affirmé dans une tribune publiée fin mars. Interrogé sur le sujet, Bill Gates n’a pas souhaité entretenir de polémique. Dans un communiqué, il a dit souhaiter que son ancien partenaire reçoive davantage de crédit pour le succès de l’entreprise. «Il y a un lien qui ne peut pas être délié entre nous», admet Paul Allen, qui a reçu plusieurs visites de Bill Gates en 2009, lorsqu’il luttait à nouveau contre un cancer.

Les deux amis d’enfance sont au moins d’accord sur un point : leur histoire se répète. Tous deux voient aujourd’hui beaucoup de similitudes entre le scénario de la naissance de Microsoft il y a plus de trente ans et celui de Facebook aujourd’hui. «J’ai eu comme un flashback lors des premières minutes du film The Social Network» lors de la création du réseau social, a raconté Paul Allen au magazine Wired. La semaine dernière, Bill Gates, reconverti dans l’action humanitaire, disait avoir «l’impression de se revoir» en suivant le parcours du jeune Mark Zuckerberg. Un parcours lui aussi marqué par une réussite spectaculaire et par des accusations de trahison entre associés de la première heure.

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