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4Mai
2011

L’étonnant coup de théâtre sur les origines de Facebook


Un Américain, silencieux durant six ans, affirme posséder la moitié du réseau social et livre un échange de mails accablants avec Mark Zuckerberg en 2003. Facebook rappelle le passé sulfureux de l'accusateur et dénonce une fraude.

La naissance de Facebook a déjà donné lieu à un film. Mais un Américain de Wellsville, une petite ville de l'État de New York, aimerait bien en réécrire le scénario. D'après lui, la moitié du réseau social lui appartiendrait, en vertu d'un contrat signé en avril 2003 avec Mark Zuckerberg, alors jeune étudiant de l'université de Harvard. Lors d'un premier dépôt de plainte en juillet 2010, Paul Ceglia avait fourni une copie de ce contrat supposé. Mardi, il a récidivé en versant au dossier un échange de courriels qu'il aurait tenu à l'époque avec le patron de Facebook.

Voici les origines supposées de Facebook, selon Paul Ceglia :
• Début 2003. Paul Ceglia poste une petite annonce sur le site Craigslist. Il cherche un développeur pour son nouveau site Internet, Streetfax.com. Mark Zuckerberg y répond. L'étudiant évoque un projet de site sur lequel il travaille, «The Face Book». Il lui demande de l'aider à financer ce développement, en échange d'une participation dans le futur réseau social.

• 28 avril 2003. Les deux hommes se rencontrent dans un hôtel à Boston pour signer un contrat. Ceglia doit verser 1000 dollars à Zuckerberg pour le développement de Streetfax.com, et 1000 dollars pour celui de «The Face Book». Avec cet investissement, il s'octroie une moitié des parts du réseau social. Le contrat prévoit que la part de Ceglia augmentera d'un pourcent à chaque jour de retard du lancement du site, fixée au 1er janvier 2004.

• Été 2003. Les partenaires s'échangent des mails sur la stratégie de «The Face Book». Zuckerberg a l'idée de faire payer les étudiants 29,95 dollars chaque mois, mais Ceglia l'en décourage. Il lui conseille de se précipiter sur le nom de domaine «facebook.com» dès lors qu'il sera mis en vente.

• Novembre 2003. Ceglia verse 1000 dollars supplémentaires à Zuckerberg, qui souhaite payer un ami pour accélérer le développement des sites. L'étudiant a appris qu'un projet similaire était en préparation à Harvard.

• Janvier 2004. Mark Zuckerberg prévient Paul Ceglia que «The Face Book» sera lancé en retard, en raison de la charge de travail sur Streetfax.com. Il lui demande de renoncer à la clause octroyant un pourcent supplémentaire du site à son partenaire par jour de retard, ce qui aurait représenté 84% du site. Ceglia l'éconduit, puis menace d'alerter l'université et les parents de Zuckerberg.

• Février 2004. «The Face Book» est lancé le 4 février à Harvard. Ceglia accepte de ne conserver qu'une moitié des parts du site, mais presse Zuckerberg de trouver un modèle économique. Il lui suggère de vendre des produits dérivés, tels que des mugs ou des t-shirts. L'étudiant lui répond sèchement qu'il n'a pas le temps de vendre cette «camelote». Ceglia lui suggère alors de placer de la publicité sur les pages du site.

• Avril 2004. Alors que «The Face Book» connaît un départ foudroyant, Mark Zukerberg explique au contraire à son partenaire que le site ne décolle pas, et qu'il envisage de le fermer.

• Juillet 2004. Mark Zuckerberg propose à Paul Ceglia de lui rembourser ses 2000 dollars. À ce moment-là, il discute avec des fonds d'investissements pour financer la société Facebook, créée le 29 juillet dans la Silicon Valley.

Ce scénario a été porté devant la cour fédérale de la ville de Buffalo. Comme en juillet, la direction de Facebook a nié en bloc les accusations rocambolesques de Paul Ceglia. «Il s'agit d'un procès frauduleux intenté par un repris de justice, et nous avons hâte de nous défendre au tribunal», a fait valoir un avocat du site, Orin Snyder. «Depuis le début, nous disons que les affirmations de cet escroc sont ridicules, et cette nouvelle plainte ne vaut pas mieux», a-t-il ajouté. Le passé de Ceglia ne joue clairement pas pour lui. Il a déjà été condamné pour fraude et a été interpellé en possession de drogue. Le contrat et les courriels pourraient avoir été fabriqués en vue de ce procès.

Les débats pourraient donc se cristalliser sur trois points :
• L'authenticité des emails. Paul Ceglia bénéficie désormais des services d'un puissant cabinet d'avocats, DLA Piper, qui assure avoir expertisé les emails et s'être assuré de leur authenticité. Mais un vrai doute persiste, en l'absence de contre-enquête. Facebook peut obtenir d'expertiser ces nouvelles pièces, en saisissant les disques durs de Ceglia. Ce dernier risque une peine de prison si les échanges se révèlent faux.

• La position de Facebook. Ce n'est pas le premier procès sur les origines de Facebook auquel Mark Zuckerberg doit faire face. Il a notamment été accusé par les jumeaux Winklevoss, anciens étudiants de Harvard, d'avoir dérobé l'idée du site pour se l'approprier. Jusqu'à présent, les affaires se sont toutes soldées par un accord à l'amiable (les Winklevoss ont été dédommagés à hauteur de 65 millions de dollars lors d'un accord confidentiel conclu en 2009), même si la portée des arrangements a pu être contestée par la suite. Le scénario conforte finalement Zuckerberg face à ceux qui l'accusaient de ne pas avoir inventé Facebook.

• Le silence durant six ans. Pourquoi avoir attendu six ans avant d'attaquer Zuckerberg ? Paul Ceglia s'est manifesté juste avant l'expiration du délai légal durant lequel le contrat pouvait être attaqué, note Wired, c'est-à-dire au moment où la valorisation de Facebook entre 55 et 85 milliards de dollars était au plus haut. Ceglia s'est justifié en affirmant n'avoir retrouvé le document que récemment. Mais il ne peut pas prétendre être indemnisé sur la valorisation actuelle.

Cette nouvelle affaire n'en est qu'à ses débuts. Comme le résume TechCrunch, «Paul Ceglia pourrait juste être un escroc, ou le meilleur investisseur high-tech de tous les temps».

Lefigaro


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