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3Fév
2011

Les futures stars du Web se retrouvent à Paris


Le forum NetExplorateur récompense les projets qui révolutionnent le monde numérique.

«Don't be evil.» Le slogan non officiel de Google est légendaire. Dans tous les sens du terme. Avec 24 000 employés et près de 30 milliards de dollars de chiffre d'affaires, le géant du Net s'est rendu à l'évidence: il ne passe plus pour un projet philanthropique. Et les start-up d'aujourd'hui ont retenu la leçon: plutôt qu'essayer de faire le grand écart entre intentions louables et impératifs économiques, elles ont choisi leur camp. C'est ce qu'a observé aux quatre coins du monde le forum NetExplorateur. La 4e édition de cet Observatoire mondial de l'innovation numérique, dont Le Figaro est partenaire, se tient ce jeudi et vendredi à l'Unesco, à Paris.

Alors que les valorisations des nouvelles stars du Web s'envolent, les jeunes pousses de la Toile ont compris qu'un modèle économique viable était la clé de leur réussite. Résultat, le Web marchand est désormais tourné «ostensiblement» vers l'argent. Le jeu mobile MyTown transforme ainsi la ville en Monopoly géant et génère des recettes aussi bien en nouant des partenariats avec les marques qu'en vendant des biens virtuels à ses 4 millions de joueur. Créé par un ancien collaborateur du site The Pirate Bay, le système de micropaiement Flattr substitue au bouton «J'aime» de Facebook un bouton «Je paye» pour développer un «mécénat global» de contenus sur le Net. Enfin, le britannique Datasift marchande l'analyse et le filtrage des conversations pléthoriques suscitées par les réseaux sociaux.

Des terminaux mobiles intelligents
Aux antipodes de ce Web du profit, associations, ONG et communautés locales ont mis le numérique au service de problèmes du quotidien. Le grand prix du forum NetExplorateur 2011 revient ainsi au dispositif ghanéen mPedigree, qui permet de lutter contre la contrefaçon de médicaments en Afrique à l'aide de SMS. Son créateur, Bright Simons, a réussi à fédérer l'industrie pharmaceutique et les opérateurs télécoms autour de son projet pour vérifier la validité d'une boîte de médicament en envoyant par SMS son numéro d'identification. Au Brésil, l'administration a recensé sa population et détaillé sa répartition géographique en un temps record, simplement en équipant ses enquêteurs de terminaux mobiles intelligents dans le cadre du programme Censo 2010. Et, c'est pour ne plus subir les embouteillages monstres de Jakarta que Hendry Soelistyo a créé Lewatmana, une plate-forme collaborative d'information sur l'état du trafic. En Afrique du Sud, Obami s'est inspiré du réseau social Facebook pour faciliter les échanges entre écoles, enseignants et élèves.

À l'avenir, le numérique se mettra davantage encore au service de l'individu en gommant les frontières entre réel et virtuel. Au Japon, l'exosquelette HAL permet déjà de compenser la faiblesse musculaire de personnes à mobilité réduite. En France, Natural Security envisage d'utiliser la biométrie comme moyen d'authentification de paiement. Un développement futur de l'intelligence artificielle déjà surveillé de près par Yuri Milner, l'actionnaire russe de Facebook, Zynga et Groupon.

Flattr : un bouton pour faire payer les internautes

«Vous connaissez le bouton “j'aime” de Facebook qui est affiché en bas des contenus sur Internet? Eh bien, nous proposons un bouton “j'aime”, qui signifie que vous payez», résume Peter Sunde, le fondateur de Flattr. Ce service de micropaiement d'origine suédoise permet de définir librement la redevance qu'on souhaite verser aux créateurs de contenus numériques - artistes, blogueurs, journalistes… L'internaute définit un montant mensuel à redistribuer -entre 2 et 100 euros- réparti par Flattr en fonction du nombre de contenus cliqués. Flattr conserve 10% des transactions mais affirme vouloir réduire sa commission pour rémunérer aussi les sites qui distribuent ces contenus. Ouvert au grand public depuis le mois d'août, le service a généré 200.000 euros de transactions pour 500.000 clics. C'est peu mais mieux que rien: ancien de The Pirate Bay, Peter Sunde sait que «tout peut être gratuit sur le Web si vous voulez le trouver gratuitement».

MyTown transforme la ville en Monopoly
MyTown est un peu l'enfant illégitime du service de géolocalisation mobile Foursquare et du jeu communautaire Farmville. Les utilisateurs de ce social game mobile ne se contentent pas de signaler leur présence dans un lieu mais peuvent aussi le valoriser, comme au Monopoly, et obtiennent des récompenses, grâce à des partenariats noués avec des marques. Booyah, l'éditeur du jeu, gagne ainsi sur trois tableaux: il accède au marché de la publicité locale, commercialise des biens virtuels auprès de ses 4 millions de joueurs et propose de créer des contenus de marques à des annonceurs nationaux. Il compte, parmi ses 130 clients, des marques prestigieuses comme Disney, Procter & Gamble ou H&M.

Censo 2010 : le recensement accéléré par le numérique

Le Brésil recense sa population depuis 1870. En 2010, il aura, pour la première fois, effectué un comptage entièrement numérique. Équipés de terminaux mobiles, 200.000 enquêteurs ont dénombré plus de 190 millions d'habitants et 57 millions d'habitations à travers le pays. Ces données ont été recueillies par 5500 municipalités qui les ont ensuite transmises par le réseau ou une mémoire physique à l'administration centrale à Rio de Janeiro. L'enquête a duré d'août à octobre. Un mois plus tard, les premiers résultats étaient publiés. L'administration brésilienne estime avoir ainsi gagné un temps précieux pour prendre les décisions qui dessineront l'avenir social du pays.

MPedigree : le SMS qui sauve
Comment lutter contre la contrefaçon de médicaments en Afrique? Avec les SMS. C'est la réponse aussi simple que redoutablement efficace proposée par le projet ghanéen MPedigree. L'utilisateur envoie par SMS un numéro figurant sur l'emballage d'un médicament à la plate-forme MPedigree, qui vérifie l'authenticité du produit puis envoie par un SMS en retour avec le résultat de cette authentification. Le fondateur du service, Bright Simons, a fédéré à la fois l'industrie pharmaceutique et les opérateurs télécoms autour de son projet. Peu de technologie mais une application du plus grand intérêt, MPedigree incarne à la perfection l'esprit du forum Netexplorateur qui prime l'impact social avant la sophistication technologique.

Lewatmana : l'info trafic relayée par les automobilistes
«Tout a commencé avec un sérieux problème», résume Hendry Soelistyo, le créateur de la plateforme collaborative Lewatmana.com, un des dix lauréats du forum Netexplorateur 2011. Las d'être coincé dans les embouteillages de Jakarta, qui «apparaissent tous les jours à des endroits différents et des moments imprévisibles», ce jeune entrepreneur indonésien a créé une plateforme pour collecter et partager l'information trafic entre automobilistes.

Le projet, qu'il mûrissait depuis 2005, a vu le jour en 2009 grâce au développement de webcams et de terminaux GPS à bas prix, qui permettent à sa communauté de générer de l'information à faible coût. Il revendique un million d'utilisateurs dont 30% de participants actifs avec sa plateforme Lewatmana. «Plus les gens utilisent le service, plus il devient efficace», résume Hendry Soelistyo.

L'information est distribuée sur le Web et le mobile gratuitement, via des webcams, des alertes SMS et sur Twitter. Lewatmana a également noué un partenariat avec un opérateur mobile indonésien et la police pour proposer la vidéo des caméras de surveillance sur un réseau 3G, en payant.

Fort de son succès à Jakarta, Hendry Soelistyo projette maintenant de déployer sa plateforme dans d'autres villes indonésiennes. Il cherche aussi à nouer des contacts avec des sociétés de taxi et de voitures de location pour augmenter le nombre de véhicules susceptibles de collecter des infomations par GPS.

HAL : un robot qui augmente les capacités de l'humain
«La technologie n'est qu'un support, l'humain doit rester au centre de tout». C'est le credo défendu par le professeur Sankai, inventeur de HAL, un robot «exo-squelette» qui permet de soulager ou décupler les forces de personnes à mobilité réduite.

Son projet, lauréat du forum Netexplorateur qui se tient les 3 et 4 février à l'Unesco à Paris, lui a été inspiré par la lecture de I Robot d'Isaac Asimov dans sa jeunesse, affirme-t-il. «J'ai commencé à le développer il y a 20 ans, seul et avec de petits moyens. Aujourd'hui, j'ai le soutien du Ministère japonais des sciences, du ministère de l'économie et du ministère de la Santé», détaille le scientifique.

Mais, plus important pour lui, c'est le début de la commercialisation de son robot. Ayant nécessité l'investissement de 50 millions de dollars sur 20 ans, HAL devrait être proposé au grand public «au prix d'une moto ou d'une voiture», estime-t-il. Le professeur Sankai vise les hopitaux mais aussi le consommateur individuel. Le produit est distribué au Japon depuis le mois de mars et pourrait arriver prochainement au Danemark et en Suède.


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