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12Mai
2011

Les fabricants de tablettes marchent sur la tête


Les tablettes c’est bien, c’est cool, c’est beau, c’est pratique. Depuis l’arrivée et le succès fracassant de l’iPad, tous les fabricants de matériel informatique y voient un nouvel eldorado, et se sont progressivement mis en ordre de bataille pour proposer leur modèle, qui sera forcément un iPad killer bien sûr… (ici, une partie de l’assistance baille, l’autre sourit)

Il semblerait cependant que la perspective de ce nouveau marché vache à lait fasse quelque peu tourner la tête de certains qui, au prétexte de se positionner sur un secteur en friche et encore peu balisé, font tout et n’importe-quoi.

J’avais eu l’occasion, notamment lors du dernier CES, de m’étonner de l’avalanche de tablettes promises pour 2011, puisque sur ce seul salon étaient présentés pas moins de 80 nouveaux modèles d’ardoises. Et bien sûr, comme c’est souvent le cas sur un marché naissant, le meilleur côtoyait le très pire, et il n’était pas nécessaire d’être sorti de la cuisse de Jupiter pour comprendre qu’il y aurait plus de morts que de survivants. Non mais sérieux, qui a besoin de 80 tablettes Android dont plus de la moitié, fabriquées par d’obscurs contrefacteurs chinois sont juste inutilisables ?

Une promesse de marché qui fait tourner les tourner les têtes, donc, et pas forcément dans le bon sens.

Une concurrence qui tire les prix… vers le haut
Un constat qui se confirme malheureusement aussi (et peut-être encore davantage) quand on regarde du côté des prix. Là pour le coup, on se demande si les constructeurs ne sont pas tout simplement devenus fous. Le premier indice de ce delirium tablettus fut identifié à l’automne 2010 lors de la présentation du Samsung Galaxy Tab : voilà une tablette de 7 pouces (deux fois plus petite que l’iPad, donc) dotée du système d’exploitation Android 2.2 et d’un processeur single core, au demeurant jolie et alléchante, qui était commercialisée au prix plancher de 699.00 euros, soit le prix de 2 netbooks ou d’un très bon PC portable ! Malgré tout l’attrait de la machine, nous étions nombreux à prédire un flop en raison du prix (voir mon test du Galaxy Tab), et après 6 mois de commercialisation je crois pouvoir dire que nous ne nous étions pas trompés : la Galaxy Tab se vend mal, à grands coups de subventions, et les opérateurs la bradent maintenant à 49.00 euros (avec abonnement, faut pas déconner non plus) pour faire baisser ses stocks d’invendus ! Voilà ce qui arrive quand on se jette sur un marché en pensant reproduire facilement le succès d’une référence (l’iPad), quand on vend un produit au double de la valeur perçue par les consommateurs, ou encore quand on fait du marketing au doigt mouillé sans se poser la question de savoir si le marché existe vraiment… Cette réflexion ne concerne évidemment pas seulement Samsung. Voyons la suite.

Comme si ce premier faux pas ne suffisait pas, un autre constructeur s’est jeté dans l’arène sous les yeux mi-étonnés mi-blasés des afficionados : Motorola, qui présentait en grandes pompes, aussi au CES, puis au MWC, sa tablette Xoom. Une ardoise qui devait tout déchirer. A tel point que même la presse tech et les observateurs se sont pris au jeu et ont offert malgré eux à cette nouvelle tablette une promotion que seul l’iPad avait connue jusque-là. J’étais sceptique pour deux raisons : je ne suis pas convaincu par la version « tablettes » Honeycomb d’Android, que je trouve esthétiquement ratée (c’est important l’esthétique de l’interface pour une tablette) et merdique du point de vue ergonomique, sans compter les bugs dus à la jeunesse du système. Mais ça c’est un avis personnel et subjectif. Ce qui est objectif en revanche, c’est son prix. Et là, patatras, c’est le drame, Motorola nous refait le coup de Samsung, en pire : sous prétexte que le Xoom est le premier à embarquer la dernière version d’Android (qui, rappelons-le, est un OS dont la licence est gratuite), qu’il tourne avec un processeur dual-core, qu’il est multitâche et qu’il lit le format Flash, il a démarré sa carrière sur le marché US au prix délirant de 799.00 dollars. Mêmes causes, mêmes effets : le Xoom fait flop, et Motorola essaie maintenant de redresser la barre tant qu’il est encore temps en introduisant sa tablette sur d’autres marchés, et notamment la France ces jours-ci, à un tarif plus raisonnable de 599.00 euros pour un modèle 32 Go sans 3G…

Les deux derniers exemples en date sont tout aussi édifiants. Tout d’abord la tablette LG Optimus Pad, que j’ai également testée à Vegas, et qui offre la caractéristique de filmer et d’afficher les vidéos en 3D (nécessitant en plus des lunettes spéciales). Un gadget qui à mon avis, passé l’effet wow de quelques secondes, n’intéressera pas grand monde, mais qui fournit un prétexte « distinctif » à LG pour vendre son ardoise à prix d’or. Celle-ci n’est pas encore disponible et donc les prix ne sont pas dévoilés officiellement, mais la rumeur annonce un tarif situé entre 800.00 et 900.00 euros. Ou comment se tirer une balle, que dis-je, un scud dans le pied. Ensuite il y a le cas HTC Flyer, qui devrait sortir à la fin de cette semaine. J’aime bien cette tablette, l’approche est originale avec le choix d’Android 2.3 (qui à mon avis est pertinent sur un 7 pouces), un gros processeur single core de 1.5 GHz, la superbe surcouche graphique Sense et l’option du stylet pour la prise de notes et de nombreuses autres fonctions. Mais là encore HTC est à côté de la plaque : il faudra débourser 525.00 euros pour obtenir le modèle d’entrée de gamme du HTC Flyer, 16 Go WiFi, et 649.00 euros pour avoir le 32 Go WiFi + 3G. Si vous aimez vous faire essorer le porte-monnaie pour un produit presque déjà obsolète en raison de son OS et de son processeur, allez-y, faites-vous plaisir.

La chasse à l’iPad a surtout tué les chasseurs
En fait, ce qui est le plus étonnant dans cet abordage quelque peu foireux du marché des tablettes par la la plupart des constructeurs, c’est de constater à quel point ces derniers cherchent à positionner leurs produits sur un créneau haut de gamme. Comme s’ils voulaient rattraper à tout crin trois ans de marges érodées par le tsunami des netbooks. Et pourtant, les netbooks, parlons-en : voici un truc auquel personne ne croyait, un marché inventé par Asus qui positionnait originellement son premier et déjà mythique EeePC 701 comme un ordinateur pour enfant, et qui a révolutionné à sa façon l’informatique nomade, déstabilisant même le marché des ordinateurs portables. C’est cela qui est difficile à comprendre : pourquoi les fabricants n’ont pas cherché à positionner les tablettes sur le même segment, à savoir l’informatique nomade low-cost, en laissant consciencieusement le haut de gamme à Apple, plutôt qu’aller essayer de se battre sur le même segment, ce qui on le sait est un combat perdu d’avance ? Rappelons que pendant qu’il se vend une tablette Android il doit se vendre entre 15 et 20 iPad…

J’ai toujours pensé que le prix « psychologique » pour une tablette se situait idéalement aux alentours de 350.00 euros. Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui qu’une tablette, même de 7 pouces, coûte le double du prix d’un netbook ? Les composants ? La dalle capacitive ? Mouais… Sûrement pas l’OS puisqu’il est gratuit, alors que les fabricants de netbooks doivent s’acquitter d’une licence Windows XP ou 7 qui doit coûter entre 15 et 20 dollars au bas mot. Un OS – Android 3.0 – encore perfectible et très pauvre en applications dédiées, qui ne devrait pas constituer une raison valable de vendre une tablette plus chère en tout cas.

Les outsiders : blackBerry PlayBook et Acer Iconia
En fait, deux outsiders pourraient bien tirer leur épingle du jeu : d’une part le BlackBerry PlayBook, et d’autre part l’Acer Iconia A500. Concernant la première, j’ai déjà dit tout le bien que j’en pensais (en attendant de l’avoir vraiment à disposition plusieurs jours pour un test détaillé), et quelques signes ne trompent pas, comme par exemple l’écosystème qui se crée spontanément autour d’un produit, et ses fréquentes mises à jour. Si le PlayBook manque encore de fonctionnalités importantes, et si son magasin d’applications est encore très peu fourni, l’écosystème ce sont aussi les accessoires, et là on peut dire que la petite machine de RIM est plutôt bien née, puisque rien que du côté des étuis, elle peut déjà compter, à peine sortie, sur un choix dépassant une dizaine de pochettes. Le reste va certainement suivre très vite.

L’Acer Iconia quant à elle fait un pied de nez au Motorola Xoom : avec des caractéristiques en tous points identiques, la tablette d’Acer est vendue 499 euros, soit 100 euros de moins que la machine de Motorola, mais il parait qu’on peut déjà la trouver à de meilleurs prix.

Je ne sais pas si avec le recul nous verrons dans quelques années les balbutiements du marché des tablettes comme un plantage généralisé, mais pour le moment le démarrage est poussif en raison de la trop grande gourmandise des constructeurs, qui pensaient probablement se refaire la cerise en appuyant un peu trop sur les tarifs. Disons-le clairement : ils ont pris les consommateurs pour des gogos, mais ça ne marche plus. L’avenir le dira, mais pour le moment les faits nous donneraient presque raison : il n’y a pas de marché pour les tablettes, il y a un marché pour l’iPad.


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