Outsourcing Contact
8Fév
2011

La guerre contre les moustiques est lancée


Des moustiques OGM sont expérimentés en Malaisie et aux îles Caïmans pour lutter contre la propagation de la dengue.

C'est une course contre la montre qui est engagée. Laboratoires de recherche et start-up ou entreprises pharmaceutiques sont à la recherche de la découverte qui permettra d'éradiquer ou au moins de considérablement réduire les méfaits des moustiques vecteurs de la malaria (ou paludisme), de la dengue, de la fièvre jaune ou encore du chikungunya.

L'une des toutes dernières expériences a eu lieu en Malaisie. Quelque 6000 moustiques mâles génétiquement modifiés, de l'espèce Aedes aegypti (vecteur de la dengue et du chikungunya), développés par la société Oxitec (Oxford Insect Technologies) viennent d'être lâchés dans une forêt inhabitée près de Bentong.

«Un gène du moustique est modifié de telle façon que sa progéniture meurt rapidement», explique Paul Reiter, entomologiste à l'Institut Pasteur, qui suit de très près l'expérience. Encore en phase expérimentale, «le lâcher avait pour objectif de mesurer la dispersion de ces moustiques et leur longévité», précise Seshradi Vasan, l'un des deux responsables de cette recherche qui a commencé il y a quatre ans sous la houlette de l'Institut de recherche médicale malais.

Réactions hostiles des ONG
Beaucoup plus avancée, l'expérience menée aux îles Caïmans où 3,3 millions d'individus ont été relâchés dans un village a permis de réduire le nombre de moustiques d'environ 80 %. «Des résultats très encourageants», estime Seshradi Vasan, qui insiste : «Ce moustique ne peut pas féconder un moustique d'une autre espèce. C'est absolument impossible.»

L'idée de modifier génétiquement des moustiques provoque de nombreuses réactions hostiles d'ONG qui considèrent qu'il reste trop de questions en suspens . «S'il ne faut pas faire n'importe quoi, il ne faut pas se priver de ce genre de test», estime Mylène Weill , scientifique à l'Institut des sciences de l'évolution (CNRS) de Montpellier. Une autre recherche porte sur une modification génétique de femelles qui ne peuvent pas voler et dès lors perdent une grande partie de leur capacité à se reproduire et à piquer.

D'autres équipes de chercheurs, britanniques et australiennes notamment, toujours pour lutter contre la dengue, introduisent une bactérie dans les moustiques afin de les rendre stériles ou de diminuer leur durée de vie. Une femelle qui pique un homme infecté par la malaria va ingérer le parasite. Mais il faudra encore entre dix et douze jours avant qu'elle ne soit à son tour infectieuse : si on réussit à raccourcir sa durée de vie, elle mourra avant d'être capable de transmettre la maladie. «Le plus gros danger, c'est que l'on ait de très beaux moustiques de laboratoire mais qu'ils ne se montrent pas suffisamment vigoureux et résistants dans le monde sauvage», explique Mylène Weill.

Les grands laboratoires pharmaceu­tiques sont aussi sur les rangs dans cette guerre contre ces insectes tueurs responsables de plusieurs centaines de milliers de morts chaque année. On évalue à un million le nombre de décès du fait de la seule malaria. Des vaccins sont à l'étude contre ce fléau mais aussi contre la dengue. Sanofi Pasteur espère ainsi mettre sur le marché en 2015 ou 2016 le premier vaccin disponible contre ce virus.

Un projet dont les investissements colossaux ont été jugés suffisamment rentables au regard de l'extension constante de cette maladie (220 millions de personnes infectées dans le monde en 2010 et 2 millions d'hospitalisations). L'enjeu est important à double titre : les moustiques vecteurs «sont parfaitement adaptés aux villes, autrement dit là où se concentrent de plus en plus les hommes» et ils se montrent de plus en plus résistants aux insecticides utilisés, rappelle Paul Reiter.


Commentaires

Laisser un commentaire