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5Jan
2011

Google soupçonné de manipuler ses services



Bruxelles a commencé à envoyer les questionnaires de son enquête antitrust visant le groupe américain. Ils révèlent de fortes suspicions concernant le fonctionnement du moteur de recherche et de son offre publicitaire.

Une lourde présomption de manipulation pèse sur Google. C'est ce qui ressort des premiers questionnaires envoyés aux acteurs du Web européen par la Commission européenne dans le cadre de son enquête antitrust sur le groupe Internet américain. C'est la première manifestation de l'enquête ouverte fin novembre pour déterminer si Google a «abusé d'une position dominante dans le domaine de la recherche en ligne».

Les questionnaires comptent au total près d'une centaine de questions, auxquelles devront répondre éditeurs de sites Web, moteurs de recherche et annuaires en ligne, annonceurs et régies publicitaires, avant le 11 février. Au-delà de considérations sur un éventuel abus de position dominante (substituabilité des marchés, fixation des prix…), les questions de Bruxelles sous-tendent une autre accusation: Google manipulerait les résultats de ses recherches et de sa plate-forme d'achat de publicités. Or, le groupe a toujours revendiqué l'impartialité parfaite et mathématique de son algorithme.

«Votre société a-t-elle remarqué des changements soudains et significatifs dans son classement sur les moteurs de recherche comme Bing, Google ou Yahoo? Avez-vous constaté des baisses soudaines du nombre d'utilisateurs renvoyés vers vos services par Google et qui ne peuvent pas être expliquées par des changements sur votre site Web?», demande Bruxelles.

Plus précisément, la Commission s'interroge sur un favoritisme exercé dans ses résultats par Google et demande aux répondants s'ils «ont connaissance de modules dans l'algorithme de référencement naturel de Google qui pourraient pénaliser le classement ou l'affichage de pages de votre site Web (…) par rapport à des services concurrents appartenant à Google». Autrement dit: l'algorithme de Google est-il programmé pour référencer d'abord les vidéos de YouTube au détriment de celles de Dailymotion, les cartes de Google Maps plutôt que celles de Mappy, les photos de Google Images avant celles de Flickr (Yahoo)? Sur Google Actualités par exemple, l'algorithme ne retient que les vidéos hébergées par YouTube, la plate-forme maison.

Des soupçons similaires pèsent sur son activité publicitaire. Bruxelles explore ainsi des cas de «soudaines hausses des tarifs publicitaires sur les moteurs de recherche au cours des six dernières années» et une dégradation brutale de l'indice de qualité AdWords des annonceurs sans qu'ils aient pour autant changé la page sur laquelle les utilisateurs sont envoyés par leur publicité. «Quel impact cet incident a eu sur votre site Web en termes de dépenses publicitaires (y compris des changements sur le montant minimum d'enchère) et de trafic dérivé de vos publicités? Avez-vous, en parallèle à cet incident, subi une baisse comparable de votre classement dans les résultats de recherche naturels de Google?», demande la Commission. Et, plus directe encore: «Google vous a-t-il jamais indiqué qu'une hausse des dépenses publicitaires pourrait améliorer votre référencement naturel?»

«La transparence suffit-elle?»
Nul doute que les réponses apportées à ces questions seront du plus haut intérêt pour les acteurs du Web. Elles rejoignent des préoccupations formulées déjà en juillet dernier par Joaquin Almunia, vice-président de la Commission européenne en charge de la Concurrence, à l'occasion d'un colloque sur les médias numériques organisé par le University College London. «Sur Internet, l'information circule vite et les utilisateurs peuvent être très réactifs. Si les résultats sur un moteur de recherche par exemple sont manipulés, cela peut tout à fait faire la différence sur le marché si les consommateurs le savent. Mais la transparence suffit-elle?», avait-il alors déclaré.


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